L’Alchimiste,
Il est des matériaux que l’on ne soupçonne pas de grande pureté, qui à priori sont indisponibles
à l’organisation du beau, pourtant c’est en ajoutant du plomb au verre que l’on obtient les
cristaux les plus purs, c’est pour cela qu’avec le temps ce même cristal grisonne, comme si le
plomb retournait à son évidente condition.
Il en est de même avec le travail d’Andréa qui utilise la pellicule argentique, film obscur,
recouvert d’une chimie incertaine dont l’artiste tire l’aléatoire beauté.
Photographier de la pellicule, c’est l’impertinence d’inverser le rôle de celle-ci, d’en faire
le sujet autonome de son travail plastique, alors qu’il est d’usage de la réduire à a fonction d’objet.
Tel le plomb dans la silice, Andréa impose la pellicule dans une relation au temps, qui contre t
oute attente ne se voile pas dans un blanc monotone, mais relève des transparences, des ondulations,
des camaïeux et toute une valse de couleurs bigarrées.
Mais son travail ne s’arrête pas là à la production photographique, l’artiste organise ces bandes
de pellicule horizontales dans un discours architectonique ont les parois s’inscrivent dans un
principe structural qui s’apparente alors aux cabanes, habitat nomade et éphémère…
Car Andréa s’invite dans les forêts, choisit des lieux précis en cherchant à la fois les
possibilités spatiales et lyriques du lieu. La forêt filtre les rayons du soleil afin de ne pas
trop imprégner la pellicule de lumière directe.
Il est étonnant de constater le contraste entre les visions proches et lointaines.
A l’approche l’œuvre parait sombre, hybride végétal, s’inscrivant dans la nature dans une troublante
osmose, puis au fur et à mesure que l’on avance des stries de lumière se dessinent, les bandes ondulent
au rythme des vents, et lorsque l’on pénètre dans la structure, le végétal disparait dans une parure
de lumière, tel un hymne aux spectres de la forêt où le matériau initial reprend le dessus sans jamais
« artificialiser » le lieu mais en le plongeant dans une intimité proche du désir qu’Andréa veut nous offrir.
Thierry HULLIN, Directeur artistique des Phonies bergères.
(Résidence land art. Pyrénées atlantiques)